14. Kairos: "Son étymologie reste incertaine. En se fondant et sur l'usage de l'adjectif Kairios, représenté quatre fois dans l'Iliade, où il qualifie un endroit particulièrement vulnérable du corps que s'emploie à viser le guerrier ennemi, et sur l'usage du substantif Krisis, souvent commuté avec Kairos, on a cherché à mettre en rapport ce dernier terme avec l'idée de "couper", de "trancher" (Les Notions philosophiques, Paris, PUF, t. I, K.). Pour Aristote, "S'il n'y a qu'une façon de faire le bien, il est bien des manières de le manquer. L'une d'elles consiste à faire trop tôt ou trop tard ce qu'il eût fallu faire plus tard ou plus tôt. Les Grecs ont un nom pour désigner cette coïncidence de l'action humaine et du temps, qui fait que le temps est propice et l'action bonne: c'est le Kairos, l'occasion favorable, le temps opportun." Pierre Aubenque, La prudence chez Aristote, Paris, PUF, 1963, pp. 96-97. Cette notion de kairos était très populaire en Grèce car dans le domaine de la praxis et de la technè, elle s'appliquait aussi au travail artisanal: "Le temps de l'opération technique n'est pas une réalité stable, unifiée, homogène, sur quoi la connaissance aurait prise; c'est un temps agi, le temps de l'opportunité à saisir, du kairos, ce point où l'action humaine vient rencontrer un processus naturel qui se développe au rythme de sa durée propre. L'artisan, pour intervenir avec son outil, doit apprécier et attendre le moment où la situation est mûre, savoir se soumettre entièrement à l'occasion. Jamais il ne doit quitter sa tâche, dit Platon, sous peine de laisser passer le kairos, et de voir l'œuvre gâchée." Jean-Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Maspero, 1965, t. II p. 59. (Cf. aussi Platon, République, II, 370 b et 374 c. et Aristote, Éthique à Nicomaque, II, 5, 11O6 b 35.)