La côte acadienne


Shediac, mardi 1 août
La proximité des eaux froides est probablement la cause des rosées aussi fortes. L'eau dégouline de la tente, comme s'il avait plu et une épaisse brume m'empêche de voir la rivière toute proche.
J'ai à peine le temps de démonter mon campement qu'elle est déjà dissipée. Il fera beau et chaud toute la journée et le trajet descendant m'amène à Moncton plus rapidement que prévu.
Mon premier contact avec cette ville a été assez déprimant mais aujourd'hui, je la vois sous un meilleur jour. Riverview, Moncton et Dieppe forment une agglomération dont les contrastes sont très intéressants. Ici, on peut entendre le doux accent acadien qui est aussi présent que l'anglais.

Le Mascaret, Moncton


Je me dirige vers le Parc du Mascaret, spécialement aménagé pour que les gens puissent observer la marée qui vient remplir soudainement le lit de la rivière. J'arrive juste au bon moment pour voir déferler la vague envahissante.

Après avoir traversé Dieppe, je continue mon voyage par la route #132. C'est une route secondaire pittoresque et tranquille. Les villages de Meadow Brook et Scoudouc sont particulièrement jolis; je m'y arrête pour une limonade et un "freezie" car la chaleur est très intense. Feignant de chercher un produit, je m'attarde dans le petit commerce du genre garage-dépanneur pour épier la conversation de 2 vieux voisins empêtrés dans une chicane de clôture. Malgré leur humeur belliqueuse, je ne peux m'empêcher de sourire en entendant cet accent que La Sagouine nous a rendu familier.

Plus loin, alors que je cherche le meilleur endroit pour m'arrêter de nouveau, je vois que j'ai déjà atteint les limites de Shediac. Il n'est pas encore 2 heures, mais ce sera la fin du trajet pour aujourd'hui. Par une aussi belle température, je veux profiter de la plage. Le premier terrain de camping est achalandé et bruyant mais il fera l'affaire car il donne accès à une belle plage et de nombreux commerces sont situés à proximité.
Mes voisins, Katy et Brian Rutherford, sont des touristes de l'Ontario. En soirée, nous partageons des fruits et du vin et nous nous attardons près du feu.
Parlee Beach, Shediac


Murray Beach, mercredi 2 août
C'est une autre belle journée qui s'annonce avec le soleil qui est encore au rendez-vous. La côte acadienne est la dernière portion du voyage et aussi la plus facile. Le terrain est plat et l'approvisionnement est sans problème car les villages sont rapprochés. J'ai prévu des arrêts un peu partout pour déguster à fond cette dernière semaine. Aujourd'hui, il y en aura un à Parlee Beach, un autre à Robichaud, et un dernier à Cap-Pelé avant d'arriver à Murray Beach.
Le camping, beau et propre, est à 17 km de la route, sur les rives du détroit de Northumberland, juste en face de l'île du Prince Edouard. Je vais me tremper les orteils mais l'eau est trop froide à mon goût pour que j'insiste .. je préfère ramasser de jolis coquillages et flâner au bord de l'eau.
D'ici, j'ai une vue exceptionnelle sur le Pont de la Confédération. À une distance de 13 km, il est très impressionnant et le détour de 100 km que je fais pour le voir en vaut la peine.


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Cap des Caissie, jeudi 3 août
Hier, avec mes lunettes d'approche, j'ai observé longuement le pont et l'île du Prince Edouard. J'ai dû en rêver durant la nuit .. Je pars vers 7 heures car je me sens pressée de voir de plus près cette merveille d'architecture.
Une navette est prévue pour traverser le pont car il n'est pas permis d'y circuler à pied ou à vélo. James Hagen, le conducteur, me raconte plusieurs anecdotes et faits cocasses qui se sont passés sur le pont depuis son inauguration. Rendue à Borden, je fais quelques achats et il me ramène vers Cape Tormentine. Il fait très beau et j'ai suffisamment de temps pour me rendre à Cap des Caissie, à 20km de Shediac, pour y passer la nuit. Une fois installée, j'accompagne quelques personnes qui font la cueillette de palourdes et de couteaux, deux variétés de bivalves appréciés des connaisseurs.

Bouctouche, vendredi, samedi, dimanche 4, 5 et 6 août

Vendredi
Pour me rendre à Bouctouche, j'emprunte les petites routes secondaires, le long du détroit de Northumberland. Le trajet est un peu plus long mais il me permet de voir des places de villégiature qui sont de vrais petits paradis, loin du bruit et de l'agitation. Cocagne, avec sa petite marina pleine de voiliers est un endroit de vacances de premier choix.
J'adore les circuits vélo qui longent un plan d'eau comme ceux que m'offre la côte acadienne.
Rendue à Bouctouche, je fais une tournée pour bien situer les différents points d'intérêt et je file directement vers le terrain de camping, 10 km plus loin, à St-Edouard de Kent.
En route, je visite un petit vignoble et je me procure un petit vin de pommes qui fera bon ménage avec les crevettes et pétoncles du souper ..
La plage est tout près et j'arrive à m'habituer à la température de l'eau qui, selon la publicité, est la plus chaude au nord de la Virginie..

Les dunes de sable, Bouctouche


Samedi
Le camping est à 1 km des dunes. En m'y rendant tôt ce matin, j'évite la foule et je peux apprécier les lieux dans le calme et le silence, ce qui me permet de surprendre un groupe de 7 hérons qui sortent tranquillement de leur sommeil. Des pluviers nerveux sont déjà affairés dans cet écosystème fragile, et la baie scintille sous le soleil.
Je savoure cet instant privilégié et j'éprouve un profond sentiment de bonheur. Le souvenir de ces moments heureux viendra réchauffer mon hiver.
Je quitte les dunes avant l'arrivée des vacanciers turbulents et je me rends à Bouctouche. J'ai rencontré des personnes qui connaissent le meilleur endroit pour goûter la "poutine râpée" acadienne et j'ai pris mon dîner en leur compagnie. J'aime les entendre parler avec cet accent acadien chantant, parsemé de mots anciens.
Au camping, un groupe de Québec vient d'arriver de Bathurst à vélo. Ils célèbrent joyeusement la fin de leur semaine de vacances. J'échange mes coordonnées pour garder le contact une fois de retour au Québec.
Après un souper de homard, arrosé d'un excellent riesling, ma journée se termine autour du feu de camp en compagnie de québécois, qui habitent Ste-Flore.

Dimanche
Je passe la journée au Village de la Sagouine. L'endroit et les personnages sont sortis de l'imagination d'Antonine Maillet. Le temps superbe permet la présentation du spectacle de la Sagouine et de Edith Butler sur la scène extérieure.

Madame Maillet est présente
et elle accepte gentiment
que je la photographie.
Madame Butler est très drôle,
elle déborde d'énergie
et son spectacle est entraînant.
Elle se dit impressionnée
par mon voyage.

Village de la sagouine, Bouctouche


St-Louis de Kent, lundi, mardi 7 et 8 août

Lundi
Le temps est couvert mais rien de menaçant. Aujourd'hui, c'est l'ouverture de la pêche au homard sur une portion de la côte acadienne. A Richiboucto, c'est l'effervescence sur le quai, les bateaux sont chargés en toute hâte. En mer, c'est le premier arrivé, premier servi pour obtenir les meilleurs sites.

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Il commence à pleuvoir un peu et je quitte le quai pour me rendre au camping Daigle, à St-Louis de Kent. Sur ma route, je rencontre 2 cyclistes sur un tandem. Partis de Vancouver, ils voyagent depuis le mois d'avril. Nous prenons un café ensemble et comme j'arrive de la région qu'ils veulent visiter, je leur laisse les cartes routières détaillées dont je n'ai plus besoin. Je m'attarde avec eux car je suis à 1 km du camping seulement et rien ne me presse; à mon arrivée, je n'ai qu'à m'installer et profiter de la piscine chauffée.



Mardi
Je passe la journée entière au parc Kouchibouguac. C'est bien peu de temps pour un endroit qui a tellement à offrir à des passionnés de plein air. C'est avec un pincement au coeur que je vois filer les dernières journées de ma belle aventure mais je compte bien profiter de chaque instant qui me reste.

Le parc Kouchibouguac


En fin d'après-midi, des nuages noirs menaçants apparaissent et je traverse le parc sous l'orage. J'arrive au camping complètement détrempée. Les propriétaires sont des gens attentifs qui n'hésitent pas à donner un coup de main; madame Richard m'offre de faire sécher mes souliers de vélo à l'intérieur et j'apprécie beaucoup son geste.

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Le souper ne sera pas un problème car la poissonnerie voisine a reçu des petits homards qui ont été pêchés aujourd'hui. Je comprends vite pourquoi les gens d'ici les apprécient autant.
Encore une fois, j'abuse un tantinet des plaisirs de la table; je laisse les 4 carapaces complètement vides.

Baie Ste-Anne, mercredi 9 août
Ce matin, le temps est triste, ce qui va bien avec mon état d'esprit. Je n'arrive pas à croire qu'un mois puisse s'envoler aussi vite. C'est la dernière étape avant de rentrer à Miramichi même si j'ai l'impression d'être partie depuis 2 semaines seulement ...

J'ai du plaisir à rouler à travers le superbe parc Kouchibouguac. La route est belle et large et il n'y a presque pas de circulation. Pointe Sapin est tout proche et j'arrive au quai juste à temps pour voir les bateaux qui viennent décharger leur cargaison de homards. C'est un spectacle inhabituel et fascinant.

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Après la pesée des énormes bacs, les homards sont transférés à bord de camions qui se dirigent tout de suite vers les poissonneries ou l'usine de transformation. Le dur travail se fait rapidement; les crustacés doivent rester vivants. Je suis renversée d'en voir autant à la fois.
La petite poissonnerie voisine reçoit des homards et les cuit immédiatement à l'eau de mer. Je la soulage de 5 beaux spécimen que j'emporte à Baie Ste-Anne et que je dégusterai tels quels, sans rien pour masquer leur goût très fin.
Comme je suis la seule à dormir sous la tente; j'ai le choix de l'emplacement. Je m'installe entre un joli petit boisé et la mer, près des autres locataires qui occupent des motorisés. Immédiatement après le souper, le vent s'est levé et la pluie a commençé. La situation s'est détériorée rapidement et l'orage a été extrêmement violent. La pluie crépitait sur la tente, les vagues sont venues s'écraser avec fracas sur la berge, le vent hurlait dans la petite pinède et le tonnerre m'a empêchée de dormir pendant une bonne partie de la nuit.
Je me décerne le diplôme "camping 101" car tout a tenu le coup, y compris moi-même ...
Vers 4 heures du matin, la nature se calme et je peux dormir un peu.

Miramichi, jeudi, vendredi 10 et 11 août

Jeudi
Au réveil, j'ai peine à croire ce qui s'est passé durant la nuit: le soleil est radieux et le paysage semble même plus vert.
En route pour la dernière étape!
Les conditions sont belles et j'apprécie l'absence de vent.
Ce matin, on dirait que j'ai l'exclusivité de la route. Depuis une bonne heure, je n'ai rencontré qu'un pauvre chien en mal de caresses. Espérant une friandise, le fugueur se montre heureux de voir enfin quelqu'un et l'état de sa toison en dit long sur sa nuit passée sans abri.

J'avais surestimé la distance à faire aujourd'hui et c'est la fin du voyage qui arrive à la place de la pause-pomme!! cela tombe bien après la nuit agitée. La pause se transforme donc en dîner dans un resto de Chatham
Je suis surprise de la ressemblance entre le pont de Trois-Rivières et celui qui relie Chatham et Douglastown.



J'effectue quelques achats au centre commercial de Douglastown et je visite une maison historique qui abrite un musée. Je trouve un petit motel non loin de la gare et je commence à tout préparer pour le retour en train prévu pour 19H30 demain. J'ai du temps pour explorer le grand Miramichi, formé de Douglastown, Nelson-Miramichi et Newcastle.
J'ai une préférence pour Newcastle avec ses musées, galeries d'art et le quartier des commerces et des affaires. J'aime surtout le quai Ritchie avec sa promenade de bois bordée de boutiques et de petits cafés. Il y a beaucoup à voir et j'y passerai ma dernière journée.

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Retour, 11 août
La journée est passée beaucoup trop vite. Au centre-ville de Newcastle, j'achète quelques petits souvenirs.
J'ai reçu une épinglette de Miramichi; cette ville étant le point de départ et d'arrivée de mon beau voyage, le cadeau prend une signification toute spéciale.
La température est idéale et beaucoup en profitent pour faire une ballade sur la rivière. Au quai Ritchie, des mâts et cordages ont été installés sur la passerelle de bois et donnent aux piétons l'illusion de marcher sur le pont d'un navire. Il règne ici une vraie belle atmosphère de vacances et c'est la place idéale pour faire une halte et déguster un bon "clam chowder".

Le temps fuit a vive allure; c'est maintenant l'heure d'apporter mes baggages à la gare et de faire quelques provisions pour le voyage de nuit. Dépouillé des ses pédales, "Gino" mon fidèle complice, est emmaillotté de styromousse pour voyager dans son emballage cartonné.
Il y a beaucoup de passagers à bord et nous en prendrons tout au long du parcours. Comme cadeau de fin de vacances, la nuit me permet d'admirer une aurore boréale d'une brillance exceptionnelle.

Des images se bousculent dans ma tête et je reviens à Drummondville un peu dans les nuages et fière d'avoir eu confiance en moi et en mes ressources. J'en tire des leçons précieuses.
Pour réaliser un rêve, il s'agit de se préparer adéquatement, se lever et partir.
Conjuguer avec les événements et aborder les gens de façon positive sont des éléments de succès.

Je reviens très riche d'expérience et de contacts humains .. et je rêve déjà à la prochaine escapade.