Et vogue le petit navire 2 : la construction d’un canot d’écorce
Résumé
Le texte raconte les diverses étapes de construction d’un canot d’écorce.
Référence
CAMIL, Guy, Le canot d’écorce à Heymontaching, Paris, Éditions de l’Aurore, 1977.
Auteur
Sylvain Beaudoin
Dans le texte Et vogue le petit navire 1, nous avons décrit les matériaux utilisés pour fabriquer un canot d’écorce. Nous allons maintenant apprendre comment la tribu Têtes de Boule construisait ses canots. Les canots dont nous verrons les étapes de construction auront 3,6 mètres de longueur.
Pour être solides, les canots ont besoin d’une charpente de bois. Les LISSES sont les pièces qui forment le bord supérieur du canot. Ce sont deux pièces de bois, longues de 3,6 mètres. Elles servent à donner la forme du fond et des côtés du canot. Avec les TRAVERSES, les lisses constituent le squelette du canot.
Les TRAVERSES sont des pièces en bouleau, placées dans le sens de la largeur du canot afin de lui assurer une certaine résistance à la force exercée par l’eau sur les côtés. Elles permettent aussi de résister aux chocs possibles lors de contacts avec des rochers. Placées à plat, au nombre de trois, sur l’écorce, elles délimitent aussi la largeur du canot.
Ces pièces sont les premières à être assemblées. Les deux lisses sont attachées ensemble aux extrémités et les trois traverses sont insérées entre les lisses de façon à former un cadre ovale ( un peu comme les raquettes ). Une mortaise, petite entaille dans le bois, fixe les traverses dans leur position.
La plus grande des traverses, mesurant 70 cm, est placée au centre du cadre formé par les lisses, alors que les deux autres, longues de 50 cm, sont placées à chaque bout, à 79 cm de la traverse centrale. Le cadre obtenu s’appelle BÂTI.
Une fois les lisses et les traverses mises en place, l’artisan doit trouver un endroit sablonneux, exempt de roches, correspondant à la longueur et à la largeur du canot. Alors, l’écorce est étendue face interne vers le sable : c’est cette face qui sera en contact avec l’eau.
Le bâti est déposé bien au centre de l’écorce. C’est donc un grand tapis d’écorce rectangulaire, sur lequel on dépose le squelette de notre futur canot.
L’étape suivante est le façonnement des côtés. Une fois notre bâti placé sur le tapis d’écorce, l’artisan fait neuf entailles de chaque côté. La première incision est faite près de la traverse centrale et les autres à distance égale. Ces entailles vont permettre de relever les côtés en pliant l’écorce près du bâti.
Avant de relever les côtés, il faut déposer des planches sur l’écorce à l’intérieur du bâti et y mettre des roches pesantes sans abîmer l’écorce : ceci assure que tout reste en place sans bouger. L’écorce est lentement relevée sur les plis pour ne pas que l’écorce se casse.
Sept piquets sont plantés dans le sable de chaque côté du canot. Ils retiennent l’écorce jusqu’à ce que les incisions soient recousues avec des racines de pin traitées.
Une fois les joints cousus, il est possible de retirer roches et piquets. Le bâti est relevé jusqu’aux PLATS-BORDS ( bords supérieurs du canot ). La hauteur des plats-bords est mesurée avec le « tsimotsigan ». L’artisan coupe ensuite l’écorce superflue, s’arrêtant près des pointes avant et arrière du canot ( les ÉTRAVES ). Il place ensuite les lisses extérieures.
L’artisan lace les lisses intérieures et extérieures, coinçant fermement l’écorce. Pour procéder au laçage, l’artisan utilise l’ALÈNE ( sorte de grosse aiguille ) afin de perforer l’écorce juste en dessous des lisses. Les trous permettent de laisser passer les racines servant à ce travail de couture.
Les étraves sont finalement façonnées et cousues solidement. Un soin particulier est apporté au travail exécuté sur cette partie du canot à cause des risques d’infiltration d’eau et de la vulnérabilité aux chocs de la pointe avant du canot.
Une fois ces étapes complétées, il reste maintenant à solidifier le canot et à le rendre imperméable. S’il était utilisé maintenant, un simple choc pourrait le perforer et l’eau s’infiltrerait rapidement.
Pour éviter que l’eau pénètre dans le canot, il faut le calfater. Le calfatage est l’application de gomme de conifère à laquelle on a ajouté de la graisse d’ours ou de poisson, afin de lui assurer une certaine élasticité. Ce mélange est appliqué sur les joints des côtés du canot à l’aide d’un morceau de tissu fixé au bout d’un bâton.
Il faut ensuite installer les BORDÉS. Les bordés sont des planchettes de cèdre installées dans le sens de la longueur du canot, directement sur l’écorce. Les VARANGUES s’appuieront sur ces planchettes et les tiendront fermement en place.
C’est maintenant le moment de poser les varangues. Ce sont des planches de cèdre qui, une fois recourbées en « U », sont insérées dans le fond du canot et coincées sous les lisses inférieures. L’artisan doit les ébouillanter pour les recourber. Au nombre de 28, elles assurent une très bonne solidité au canot.
La
dernière étape consiste à calfater l’extérieur du canot avec le mélange
de gomme d’épinette et de graisse. Cela fait, le canot est terminé. Il faut
maintenant l’essayer et faire une petite prière au Grand Manitou pour que
tant de travail n’aille pas au fond du lac.![]()