La langue gallo-romane
Résumé :
La langue de la Gaule devient le gallo-roman lorsque le pays est occupé par les Romains. Cette langue se transforme en francien quand les Francs s’installent à Paris.
Références :
BRUNEAU, Charles, Petite histoire de la langue française, Paris, Armand Colin, 1969.
BRUNEAU, Charles et Ferdinand BRUNOT, Précis de Grammaire historique de la langue française, Paris, Masson et Cie, 1949.
Auteure :
Micheline Champoux
Après l’invasion des Romains, la langue gauloise était presque disparue. Le peuple avait peu à peu appris la langue du conquérant : le latin. Mais il y avait deux sortes de latin. Le latin classique était la langue des savants, des prêtres, des poètes et des professeurs des grandes écoles. Le latin populaire était utilisé par les paysans, les artisans et les esclaves.
De nombreux mots gaulois se sont mêlés au latin populaire pour former une nouvelle langue : le gallo-roman. Même les soldats romains parlaient cette langue. Ainsi, « mantum » est devenu « manta », puis « mante » (ancêtre français de manteau). Du 1er au 10e siècle après J.-C., les mots courants se transforment. Les sons aussi : le son « K » se prononce « tch », puis devient « ch » (cantare va devenir chanter).
La religion chrétienne s’implante en Gaule après l’arrivée des Romains. Cette religion apporte, en même temps, son vocabulaire. Abbas (abbé), baptisma (baptême), paraula (parole), caritas (charité), sont autant de nouveaux mots qui entrent dans la langue du peuple. Mais les riches et les gens instruits continuent de parler le latin, une langue différente de celle des illettrés.
En regardant une carte de l’Europe moderne, on voit comment le vaste territoire des Romains est occupé par de hautes chaînes de montagnes. Ces montagnes empêchent les contacts fréquents entre les habitants de Rome et ceux de la Gaule. Il en est de même pour les habitants de l’Espagne qui sont séparés de la Gaule par les Pyrénées.
C’est ainsi que les langues de ces pays vont évoluer avec des prononciations, des structures de phrases et des mots différents. C’est donc à cause des montagnes que le français, l’italien, l’espagnol, et même le romain sont des langues modernes qui se ressemblent tout en ayant beaucoup de différences.
Regarde encore la carte moderne de l’Europe de l’Ouest. Tu peux voir qu’une grande partie de cet espace appartenait aux Romains. L’Empire romain était très vaste. Tu comprendras facilement aussi pourquoi les soldats romains n’arrivaient pas à bien défendre toutes leurs frontières.
À partir du 3e siècle, des peuples venus du nord et de l’est de l’Europe vont franchir les frontières des territoires romains et s’installer dans le nord-est de la Gaule. Ces peuples étaient appelés Barbares par les Romains (selon les Romains, les envahisseurs disaient toujours « ba-ba-ba »). Ces envahisseurs ont toutefois une vraie langue et celle-ci va peu à peu se mêler à la langue gallo-romane.
En envahissant la Gaule, les Barbares incendient les villages, tuent les habitants et pillent les richesses. Ils se font une réputation d’hommes cruels. Les Gaulois tentent de se défendre en encerclant leurs villes de murailles. Malgré tout, quelques peuples envahisseurs réussissent quand même à conquérir certains territoires.
Parmi les peuples barbares, un groupe portait le nom de Francs. Les Francs se sont installés au nord de la France d’aujourd’hui. Les Francs se sont liés d’amitié avec les habitants de la Gaule.
Les dirigeants encourageaient les mariages entre les Francs et les Romains qui vivaient en Gaule. Au 5e siècle, Clovis, le roi des Francs, va se convertir au catholicisme pour épouser Clothilde, une riche héritière de la Gaule catholique.
Les Francs vont mêler leur langue à celle des Gaulois. Le gallo-roman va se transformer dans cette partie du pays et de grandes différences vont apparaître entre la langue du Sud et celle du Nord. Le Nord, désormais gouverné par les Francs, devient bilingue et les hauts personnages gallo-romains apprennent la langue des Francs, tandis que les Francs étudient le gallo-roman.
Une nouvelle langue va naître de ce mélange : le français. Le plus vieux texte français que l’on a retracé a été écrit en l’an 842. En fait, la langue de ce texte est un latin populaire que l’on considère comme l’ancêtre direct du français. Écrit par deux des fils du roi Charlemagne, ce texte est un contrat où les deux frères font le serment de demeurer des alliés contre leur troisième frère.
Le début de la première phrase du texte est : « Pro deo amur et pro christian poblo et nostro commun saluement… » (Pour l’amour de Dieu et pour le salut commun de notre peuple chrétien…). Quelle différence avec le français moderne, n’est-ce pas ?
Au 10e siècle, le roi des Francs change souvent de ville et les gens instruits le suivent. Plus tard, des guerres vont diviser l’ancienne Gaule en plusieurs pays. Chaque pays va développer sa propre langue.
Au pays dominé par les descendants des Francs (là où se situe le nord de la France actuelle), le peuple va parler la langue d’oïl, ancienne forme d'oui au Nord, tandis que les gens de l’Église vont continuer de parler latin.
Dès
le 11e siècle, le roi s’installe à Paris. Il impose sa langue en
même temps que son pouvoir. Tous les nobles de Paris parleront désormais le
francien, qu’on appelle aussi l’ancien français.![]()