La photosynthèse en vedette à Montréal

 

Avec l'arrivée du printemps on assiste, sous nos latitudes, au spectaculaire réveil de la nature. En l'espace de quelques semaines, les plantes se couvrent de fleurs et déploient leur multitude de… capteurs solaires. Mais oui, on n'y pense pas, mais un brin d'herbe, une feuille d'arbre constituent en réalité des dispositifs qui convertissent l'énergie du soleil en énergie chimique! En outre, grâce ;a ce processus de photosynthèse, les plantes emmagasinent le CO2, présent dans l'atmosphère, pour y relarguer l'oxygène. Bref, les plantes, en plus de nourrir les animaux, leur permettent de respirer.

 

 

 

On croit tout savoir sur la photosynthèse, amis il nous reste tout à apprendre. Il s'agit, en effet, d'un vaste champ de recherche qui recrute les compétences de spécialistes tant de la physique, de la chimie, de la biologie que de l'agronomie, la foresterie, etc. Tous les trois ans, ces chercheurs se réunissent à l'occasion d'un congrès international sur la photosynthèse qui, chaque fois, se tient dans un pays différent. Cette année, la treizième édition de ces olympiades de la photosynthèse aura lieu au Palais des Congrès de Montréal, de 29 août au 3 septembre.

 

Le président de l'événement est le Dr Robert Carpentier, professeur au département de chimie-biologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières. «Nous avons été chanceux, explique-t-il. Dès la première demande, notre candidature a été retenue.» Est-ce là un excès de modestie de la part de cet homme qui dirige le Groupe de recherche en énergie et information biomoléculaires, que subventionne le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie (CRSNG)? On peut soupçonner que sa renommée dans le milieu l'aura précédé. Mais il insiste: «La réputation de Montréal comme ville multiculturelle, son Jardin botanique, le Biodôme ont joué pour beaucoup.»

           

            Le thème du congrès, cette année: «Connaître les fondements de la photosynthèse en vue d'une productivité végétale améliorée et d'un climat global équilibré». «Il est crucial d'étudier le fonctionnement de la photosynthèse, car elle est à la base de toute vie sur Terre. C'est important, insiste le professeur Carpentier, pour comprendre comment les plantes réagissent aux changement climatiques, en partant du postulat selon lequel nous ne serons pas en mesure de renverser la machine industrielle, ni même de la freiner.»

 

            De nombreuses questions se posent déjà. Comment les hausses de température modifieront-elles la capture du CO2 et la réémission de l'oxygène? Dans quelle mesure les UV peuvent-ils affecter les plantes? Comment protéger la productivité des plantes, voire l'accroître, afin de répondre aux besoins alimentaires futurs? Peut-on améliorer l'environnement grâce aux plantes et ainsi compenser l'emballement de la machine industrielle?

 

            Pour Robert Carpentier, tout cela ne signifie pas qu'il faille nécessairement s'aventurer sur la voie du transgénique. Certains chercheurs, par exemple, voudraient modifier génétiquement des plantes afin qu'elles résistent mieux à l'augmentation des UV. «D'accord, concède en souriant le Dr Carpentier, c'est peut-être une solution pour certaines espèces cultivées, mais ça ne va pas sauver les forêts. Imaginez! Des forêts transgéniques! Non, ça , je n'arrive pas à le concevoir.»

 

            Bien sûr, il ne s'agit pas d'être alarmiste, mais ces recherches ont leur pertinence. «De toute évidence, les études sur les changements climatiques n'ont pas le même impact médiatique que la recherche biomédicale, dont je reconnais l'importance. Mais à long terme, si un jour l'oxygène venait à manquer, il n'y aurait plus guère de malades à soigner…»

                                   Par FRANÇOIS GRENIER de la revue Découvrir