RÉSUMÉ
L'originalité de notre recherche est de contribuer
à développer l'idée d'une éducation ayant pour but de promouvoir le développement
d'une
« identité postconventionnelle » chez l'individu.
Ce modèle d'éducation doit viser conjointement (1) à nourrir la capacité
de l'individu à prendre part aux discussions morales et (2) à cultiver
en chacun une citoyenneté démocratique participative et active. Cette idée
de citoyenneté démocratique n'est pas d'abord fondée sur un substrat préalablement
donné de conventions existantes et de croyances sociales, mais bien davantage
sur un contexte intersubjectivement partagé d'entente possible.
En reprenant les hypothèses normatives de J. Piaget et de L. Kohlberg, nous concevons le raisonnement moral postconventionnel comme la capacité d'agir selon des principes moraux autonomes et de juger de la validité des normes d'action à travers leur acceptabilité réciproque, testée dans les discussions pratiques entre les personnes concernées. De là, nous croyons que le cadre d'analyse habermassien de l'éthique de la discussion et qu'une conception délibérative de la démocratie et de la formation du droit légitime peuvent servir de point de référence normatif, permettant de contribuer au développement d'une approche éducative dialogique qui se donne des dispositifs de communication et de résolution de conflits. Ces dispositifs sont destinés à favoriser l'accès à une identité morale et civique postconventionnelle chez la jeune personne qui aura à prendre progressivement le point de vue d'un « participant » dans les contextes réels de la discussion morale et dans les espaces de délibération publique.
Le défi d'une éducation éthique à la citoyenneté démocratique consiste à encourager le « futur citoyen » à adopter, à l'égard des questions pratiques, un processus rationnel de prise de décision, dans lequel il reconnaît l'importance de l'activité communicationnelle, de la délibération démocratique, de la régulation de la prise de parole, de l'égalité des participants aux discussions et de la reconsidération constante des points de vue tant personnels que collectifs, à la lumière des nouvelles constellations de situations sociales et politiques qui se présentent.
30 juillet 2001