RÉSUMÉ
Les jeunes adultes vivent une transition de vie qui implique des enjeux développementaux qui recèlent une importance particulière pour les années à venir (Erickson, 1963, 1972; Havighurst, 1953; Jung, 1933). Ceux qui choisissent de devenir étudiants universitaires sont confrontés à des tâches et à des défis spécifiques reliés à ce milieu où les nouvelles exigences d'adaptation psychologique, académique et sociale risquent de solliciter chez certains un niveau élevé de détresse psychologique (Cutrona, 1990; Harlow et Cantor, 1995; Picard, 1997; Pledge et al., 1998). Dans les écrits scientifiques, on remarque que les troubles mentaux les plus fréquemment rencontrés chez cette population concernent la dépression, I'anxiété et des problèmes interpersonnels (Heppner et al., 1994; Pledge et al., 1998). De plus, les recherches démontrent que la majorité des individus ne recherchent pas d’aide professionnelle lorsqu'ils vivent des troubles de santé mentale (Rickwood et Braithwaite, 1994; Tijhuis, Peters et Foets, 1990; Wills et DePaulo, 1991). Du fait que les jeunes adultes représentent la relève de la société québécoise, il est important d'apporter de I'aide à ces personnes au cours de cette transition. Cette étude se centre sur la situation particulière des étudiants universitaires et poursuit deux objectifs: 1) dresser le portrait clinique des étudiants consultant le Service de psychologie de l’Université du Québec à Trols-Rivières et 2) explorer les facteurs qui influencent cette recherche d'aide psychologique professionnelle. Pour ce faire, une question de recherche et quatre hypothèses relatives à des variables socio-démographiques, propres à la personne (cognitives) et environnementales sont vérifiées auprès de 25 étudiants (19 femmes et 6 hommes) qui consultent le Service de psychologie de I'UQTR et qui sont comparés à un groupe contrôle composé de 25 étudiants non consultants (19 femmes et 6 hommes) du Département de psychologie de la même université. Tous les participants sont rencontrés individuellement lors d'entrevues semi-structurées entre les mois de septembre 1998 et mars 1999. Les données sont recueillies à partir de huit outils: 1) Questionnaire d’informations générales, 2) Questionnaire de Détresse Psychologique (IDPESQ-14), 3)Structured Clinical Interview for DSM-III-R-SCID I, 4) Structured Clinical Interview for DSM-III-R Personality), Disorders-SCID II, 5) Échelle d"attributions causales, 6) Échelle des Sphères de Contrôle, 7) Échelle de l’Estime de Soi et 8) Arizona Social Support Interview Schedule (ASSIS). Un contrôle est exercé sur le sexe, I'âge ainsi que le niveau de déresse psychologique par appariement des sujets et ce, afin d'augmenter la validité interne de la recherche et d’assurer que la recherche d'aide des sujets du groupe expérimental ne soit pas attribuable à ces variables dont I'influence est déjà bien connue. Les résultats de l’étude démontrent des niveaux significativement élevés de détresse psychologique chez les sujets de l’échantillon ainsi qu'une grande variété de troubles, notamment, des symptômes dépressifs, des troubles anxieux ainsi que des troubles de personnalité. De plus, les résultats indiquent que pour un même niveau de détresse et une situation similaire, les étudiants qui sont le plus susceptibles de rechercher de l’aide professionnelle sont les femmes, ceux qui perçoivent les causes de leurs problèmes comme stables et ceux qui possèdent peu de ressources sociales adéquates et variées et ce, particulièrement en ce qui a trait à l’assistance physique, au soutien émotif et aux encouragements. L’importance de la compréhension de la situation spécifique des étudiants universitaires et les implications des résultats pour l’amélioration de l'efficacité des services dispensés aux consultants dans les services de psychologie des université sont soulignées. Enfin, les forces et les limites de la recherche sont discutées.
2 mai 2000