RÉSUMÉ

L'objectif premier de ce mémoire consiste à mieux comprendre les changements cinématiques observables lors d'un mouvement de préhension sans vision chez le jeune adulte et la personne âgée. Nous supposons qu'une partie de ces changements origine de la qualité du maintien de l'emplacement de l'objet en mémoire. Lorsqu'une personne doit saisir un objet quelques secondes après avoir été privée de la vision de cet objet, elle guide alors son mouvement en utilisant un processus mnésique spécifique, soit le calepin visuo-spatial. Cette sous-composante de la mémoire de travail est responsable du maintien d'informations visuelles et spatiales. Or on sait maintenant que ce type de mémoire semble être déficitaire chez la personne âgée (West, 1986). Sur la base de ces dernières données, il devient alors fortement intéressant de vérifier l'impact d'un déficit du calepin visuo-spatial sur la préhension d'un objet chez la personne âgée. À cet effet, certains déficits ont été identifiés, que ce soit au niveau de la préhension ou de la mémoire de travail de la personne âgée. Par contre, très peu de recherches ont été effectuées sur l'atteinte d'un objet sans vision de même que sur l'aspect spatial de la mémoire de travail chez cette population. Afin de répondre à notre objectif de recherche, nous avons donc demandé à 5 jeunes adultes (22-26 ans) et 5 sujets âgés (70-76 ans) d'atteindre et de soulever un objet à 70 reprises sous diverses conditions expérimentales. Les paramètres qui ont été manipulés étaient: la vision (avec et sans vision), le délai entre la présentation et la saisie de l'objet (0 seconde et 15 secondes) et le type d'interférence pendant le délai (sans interférence, interférence motrice, interférence spatiale). L'interférence motrice consistait à frapper une plaque de métal alors que pour l'interférence spatiale le sujet devait frapper successivement quatre plaques de métal disposées en carré. Le temps de mouvement (TM), la vitesse maximale et l'ouverture maximale étaient alors évalués à l'aide du système WATSMART. La littérature suggère que le mouvement interfère avec le fonctionnement du calepin visuo-spatial lorsque ce mouvement ne se limite pas à une action purement motrice (Quinn et Ralston, 1986). Nous prévoyons donc observer un déclin de la performance en présence d'interférence spatiale puisque celle-ci implique un déplacement de la main dans l'espace. Les résultats de notre étude démontrent que la présence d'un délai amène une augmentation du TM et une diminution de la vitesse maximale chez la personne âgée. La présence d'interférence spatiale amène pour sa part une augmentation du TM et une atteinte plus rapide de la vitesse maximale chez la personne âgée. Contrairement à ces derniers, les jeunes adultes ne sont pas affectés par la présence d'un délai ou d'une interférence. En conclusion, ces résultats tendent à démontrer que les personnes âgées ont de la difficulté à maintenir de l'information spatiale au-delà d'un certain délai. De plus, le maintien de cette trace est tributaire de la présence ou non d'interférence spatiale. Chez la personne âgée, l'information visuo-spatiale est moins bien gérée par le calepin visuo-spatial que pour le jeune adulte, tel que reflété par les changements cinématiques, décrit ci-haut, lors du mouvement de préhension sans vision. La préhension d'un objet sans vision dépend donc en partie du maintien de la trace mnésique de l'emplacement de l'objet en mémoire de travail.